Tendances de la semaine
La semaine du 22 au 29 septembre 2025 restera marquée par une convergence exceptionnelle de facteurs monétaires et géopolitiques. L’or a établi de nouveaux records historiques, dépassant les 3 800 dollars l’once, tandis que les banques centrales ont dévoilé leurs stratégies divergentes face aux pressions inflationnistes persistantes. Les marchés actions américains ont maintenu leur dynamique haussière, portés par l’optimisme autour de l’intelligence artificielle et les anticipations de nouvelles baisses de taux de la Fed. Cette semaine illustre parfaitement la nouvelle géométrie des marchés financiers mondiaux, où les actifs refuges et les actions technologiques évoluent en parallèle.
Actualités
1. L’or franchit le seuil historique des 3 800 dollars¹
L’or a établi un nouveau record historique en atteignant 3 819,59 dollars l’once le 29 septembre, prolongeant une série de performances exceptionnelles depuis le début du mois. Cette envolée de 44,73% sur un an reflète la convergence de plusieurs facteurs : l’affaiblissement du dollar américain, les anticipations de nouvelles baisses de taux de la Fed avec une probabilité de 90% pour octobre, et l’annonce par Bloomberg que la Banque populaire de Chine envisage de devenir gardienne des réserves d’or étrangères.
Analyse — Cette percée traduit une réallocation stratégique majeure des portefeuilles institutionnels vers les actifs refuges, amplifiée par les achats massifs des banques centrales. L’or redevient l’étalon de référence dans un contexte de volatilité géopolitique accrue.
En bref — L’or atteint des sommets inédits, confirmant son statut de refuge ultime face aux incertitudes monétaires globales.
2. La Fed maintient son cap accommodant malgré les tensions inflationnistes²
La Réserve fédérale américaine a livré la baisse de taux largement anticipée de 25 points de base lors de sa réunion du 17 septembre, ramenant les taux à 4,00%-4,25%. Cette décision, prise par 11 voix contre 1, s’accompagne d’une guidance suggérant deux nouvelles baisses d’ici la fin 2025. Les marchés intègrent désormais une probabilité de 90% pour une nouvelle réduction en octobre, malgré les préoccupations persistantes sur l’inflation des services à 3,8%.
Analyse — La stratégie de la Fed révèle un arbitrage délicat entre soutien à la croissance et maîtrise inflationniste. L’assouplissement monétaire dans un contexte d’inflation résistante traduit une approche préventive face aux risques de ralentissement économique.
En bref — La Fed privilégie la gestion des risques économiques sur le contrôle strict de l’inflation, ouvrant la voie à un cycle d’assouplissement prolongé.
3. La BCE maintient sa position attentiste face à la stabilité inflationniste³
La Banque centrale européenne a maintenu ses trois taux directeurs inchangés lors de sa réunion du 11 septembre, avec le taux de dépôt à 2,00%. Cette décision reflète une inflation de la zone euro stable autour de 2%, l’objectif de la BCE. Les nouvelles projections du personnel de la BCE anticipent une inflation moyenne de 2,1% en 2025, 1,7% en 2026 et 1,9% en 2027, soutenant une approche « meeting-by-meeting » sans pré-engagement sur une trajectoire spécifique.
Source: Banque centrale européenne
Analyse — La stabilité de l’inflation européenne contraste avec les défis américains, offrant à la BCE une flexibilité stratégique. Cette divergence monétaire entre les deux zones renforce l’attractivité relative des actifs européens à moyen terme.
En bref — L’Europe bénéficie d’un environnement inflationniste maîtrisé, permettant à la BCE d’adopter une posture moins contrainte que ses homologues.
4. Les marchés actions américains atteignent de nouveaux sommets⁴
Les indices américains ont établi de nouveaux records cette semaine, avec le S&P 500 clôturant à 6 664,36 points (+0,5% vendredi) et le Nasdaq Composite à 22 631,48 points. Cette performance s’appuie sur l’annonce d’un potentiel investissement de 100 milliards de dollars de Nvidia dans OpenAI et l’optimisme autour de l’intelligence artificielle. Le Dow Jones Industrial Average a également franchi un nouveau seuil historique à 46 315,27 points.
Analyse — L’euphorie technologique masque une fragilité structurelle du marché, avec seulement trois des « Magnificent 7 » atteignant de nouveaux plus hauts. Cette concentration excessive amplifie les risques de correction en cas de déception sectorielle.
En bref — Wall Street poursuit sa marche triomphale, alimentée par l’IA et les espoirs monétaires, mais la breadth market reste préoccupante.
5. La Banque d’Angleterre maintient ses taux à 4% dans un contexte complexe⁵
La Banque d’Angleterre a conservé son taux directeur à 4% par 7 voix contre 2, malgré une inflation britannique remontant à 3,8% en août. Cette décision intervient dans un contexte de faiblesse persistante de l’emploi, avec une baisse continue du nombre d’employés salariés au cours des six derniers mois. Les rendements des gilts à 30 ans ont brièvement touché 5,72%, leur plus haut niveau depuis 1998.
Analyse — Le Royaume-Uni navigue dans un dilemme classique entre soutien à l’emploi et maîtrise inflationniste. L’envolée des taux longs traduit les inquiétudes des investisseurs sur la soutenabilité de la dette publique britannique.
En bref — La BoE fait face à des pressions contradictoires, illustrant la complexité de la politique monétaire post-Brexit.
6. La Banque du Japon résiste aux pressions haussières⁶
La Banque du Japon a maintenu son taux directeur à 0,5% par 7 voix contre 2 lors de sa réunion du 19 septembre, malgré deux membres du conseil réclamant une hausse de 25 points de base. Cette résistance hawkish de la minorité augmente les spéculations sur un possible resserrement dès octobre. Le yen s’est raffermé suite à ces développements, évoluant vers 147 pour un dollar.
Analyse — La division croissante au sein de la BoJ signale un tournant potentiel dans la politique monétaire japonaise. Une normalisation accélérée pourrait bouleverser les flux de capitaux asiatiques et renforcer significativement le yen.
En bref — Le Japon se rapproche d’un point d’inflexion monétaire majeur, avec des implications géostratégiques importantes pour l’Asie.
7. L’OPEP+ poursuit sa stratégie de reconquête des parts de marché⁷
L’OPEP+ a confirmé son intention d’augmenter sa production de 547 000 barils par jour en septembre, dans le cadre du démantèlement progressif de ses réductions volontaires. Cette stratégie vise à reconquérir des parts de marché face à la production non-OPEP+, malgré un contexte de demande mondiale ralentissante. Les prix du Brent évoluent dans une fourchette de 60-70 dollars le baril depuis plusieurs semaines.
Analyse — Cette stratégie témoigne de la volonté de l’OPEP+ de préserver sa position dominante sur le marché énergétique global, quitte à accepter une pression temporaire sur les prix. L’enjeu géopolitique prime sur l’optimisation financière immédiate.
En bref — L’OPEP+ privilégie la stratégie long terme de parts de marché sur la maximisation des revenus pétroliers à court terme.
8. Les marchés émergents bénéficient de la faiblesse du dollar⁸
L’indice MSCI Emerging Markets a progressé de 25,1% depuis le début 2025, surperformant largement les marchés développés. Cette outperformance s’appuie sur l’affaiblissement du dollar américain, les anticipations de baisse des taux américains et une réallocation des capitaux vers des valorisations plus attractives. L’Inde, l’Asie du Sud-Est et le Moyen-Orient tirent particulièrement profit de cette dynamique.
Analyse — Cette rotation géographique des investissements illustre la fin de l’exceptionnalisme américain et le retour d’une diversification géographique plus équilibrée. Les émergents redeviennent attractifs après une longue période de sous-performance.
En bref — Les marchés émergents regagnent leur attractivité, portés par des fondamentaux améliorés et des valorisations décotées.
Analyse rétrospective : Que s’est-il passé depuis notre dernière veille ?
L’évolution des marchés depuis notre dernière analyse confirme plusieurs de nos anticipations clés. Le scénario de « divergence monétaire contrôlée » que nous avions privilégié s’est matérialisé avec la confirmation des baisses de taux américaines face au statu quo européen et japonais. L’envolée exceptionnelle de l’or valide notre thesis sur la recherche d’actifs refuges dans un environnement de dépréciation monétaire. Cependant, l’amplitude de la progression aurifère (près de 10% en une semaine) dépasse nos projections, suggérant une accélération des flux institutionnels vers les métaux précieux. La résilience des marchés actions américains confirme également notre analyse sur la primauté des narratifs technologiques, bien que les indicateurs de breadth market continuent de se détériorer comme anticipé.
Perspectives stratégiques & Nouveaux Scénarios
Interaction des scénarios
L’environnement macroéconomique actuel se caractérise par une convergence inédite de tensions inflationnistes persistantes, de politiques monétaires divergentes et d’innovations technologiques disruptives. Nos trois scénarios prospectifs reflètent cette complexité en intégrant les dynamiques géopolitiques, les flux de capitaux internationaux et les transformations structurelles des marchés financiers. Chaque scénario incorpore des déclencheurs spécifiques et quantifiés, permettant un suivi précis de leur matérialisation.
Scénario A (Le plus probable) : « L’Âge d’Or de la Stagflation Contrôlée »
Ce scénario privilégie une période prolongée de croissance modérée accompagnée d’une inflation structurellement élevée, où les banques centrales acceptent un dépassement temporaire de leurs objectifs pour préserver la stabilité financière. L’or consolide son statut de réserve de valeur ultime tandis que les actifs technologiques maintiennent leur prime de croissance.
- Probabilité estimée : 45%
- Déclencheurs (Triggers) détaillés :
- Seuil primaire : Maintien de l’inflation américaine core PCE au-dessus de 2,5% pendant trois mois consécutifs. (Signale l’échec de la Fed à ramener durablement l’inflation vers sa cible.)
- Condition secondaire : L’or dépasse durablement les 4 000 dollars l’once avec un volume d’ETF or supérieur à 50 milliards de dollars de flux entrants trimestriels. (Confirme l’institutionnalisation de l’or comme couverture inflation.)
- Stratégies possibles : Privilégier une allocation or-actions technologiques (40/40) avec 20% en obligations indexées inflation. Favoriser les secteurs bénéficiant de pricing power : luxe, technologie, énergie renouvelable. Éviter les obligations souveraines long terme et maintenir une exposition devise émergente sélective (yuan, roupie indienne). Cette stratégie vise à capturer la prime d’inflation tout en préservant le potentiel de croissance technologique.
Scénario B : « Le Grand Pivot Déflationniste »
Retournement brutal de cycle avec effondrement de la demande globale, provoquant une déflation généralisée et forçant les banques centrales à des mesures d’urgence. Les marchés actions subissent une correction majeure tandis que les obligations souveraines core redeviennent attractives.
- Probabilité estimée : 30%
- Déclencheurs (Triggers) détaillés :
- Seuil primaire : Récession simultanée États-Unis/Zone Euro avec contraction du PIB trimestriel annualisé dépassant -2% pendant deux trimestres. (Matérialisation d’une récession synchronisée majeure.)
- Stratégies possibles : Rotation massive vers les obligations souveraines AAA (duration 10+ ans), liquidation des positions or au profit du cash, short sur les actions cycliques via ETF inverses. Maintenir des positions défensives en utilities et santé. Cette approche contre-cyclique vise à préserver le capital et positionner les portefeuilles pour la reprise post-récession.
Scénario C : « L’Explosion des Tensions Monétaires »
Escalade des guerres commerciales et monétaires provoquant une fragmentation du système financier international, avec décrochage des corrélations traditionnelles et volatilité extrême sur tous les actifs.
- Probabilité estimée : 25%
- Déclencheurs (Triggers) détaillés :
- Seuil primaire : Mise en œuvre de contrôles des capitaux par au moins deux pays du G7 ou décrochage supérieur à 30% entre yuan offshore et onshore. (Rupture du système monétaire international actuel.)
- Stratégies possibles : Diversification géographique maximale avec allocation équipondérée across regions, surpondération crypto-actifs et métaux précieux physiques, couverture systématique via options de volatilité. Privilégier les actifs réels (immobilier, commodities) et maintenir des liquidités dans plusieurs devises majeures.
Indicateurs Clés de la Semaine
Synthèse des Indicateurs
L’analyse technique des principaux indicateurs révèle une dichotomie croissante entre la force des actifs refuges et la résilience apparente des marchés risqués. La volatilité implicite reste étonnamment contenue malgré l’ampleur des mouvements sur l’or, suggérant une adaptation des investisseurs à ce nouvel environnement. Les spreads de crédit se resserrent paradoxalement alors que les fondamentaux macroéconomiques se détériorent, traduisant l’effet de soutien des politiques monétaires accommodantes.
Marchés Actions
- Indices Boursiers⁹
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Données : S&P 500: 6 664,36 (+0,5%) | Nasdaq: 22 631,48 (+0,8%) | 2025-09-22 16:00 EST
Sources: Yahoo Finance / Investopedia
Analyse : La progression continue des indices américains masque une fragilisation de la breadth market, avec seulement 50% des valeurs du Nasdaq en territoire positif. Cette concentration sur les mega-caps technologiques amplifie les risques de correction sectorielle.
Marchés Obligataires & Taux
- Taux d’Intérêt à 10 ans¹⁰
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Données : Treasury 10Y: 4,14% (+3 bps) | Bund 10Y: 2,15% (stable) | 2025-09-27 17:00 CET
Analyse : La divergence croissante entre taux américains et européens reflète les politiques monétaires contrastées. L’écart de près de 200 points de base favorise structurellement l’euro contre dollar à moyen terme.
Prochaines échéances stratégiques
- 1er octobre 2025 – Publication CPI Flash Zone Euro : Confirmation de la stabilité inflationniste européenne cruciale pour la stratégie BCE.
- 28-29 octobre 2025 – Réunion FOMC : Probabilité de 90% pour une nouvelle baisse de 25 bps selon les marchés.
- 29-30 octobre 2025 – Réunion Banque du Japon : Surveillance accrue après les tensions hawkish de septembre.
Avertissement sur les risques
Les informations et analyses présentées dans cet article sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent en aucun cas un conseil en investissement.
Glossaire Complet
- PCE Core¹ : Indice d’inflation américain excluant l’énergie et l’alimentation, référence pour la politique monétaire de la Fed.
- Breadth Market² : Indicateur mesurant la proportion de valeurs participent à la tendance générale d’un indice boursier.
- ETF³ : Fonds d’investissement coté en bourse permettant d’investir dans un panier d’actifs diversifiés.
- Magnificent 7⁴ : Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Tesla et Meta, les sept plus grandes capitalisations américaines.
- Dot Plot⁵ : Graphique des projections de taux de la Fed par chaque membre du comité de politique monétaire.

